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La Boétie – Discours de la servitude volontaire (1574) – Monarchie et tyrannie

Étienne de La Boétie est un contemporain et ami de Montaigne. S’il était monarchiste, il était également favorable à un catholicisme réformé. Dans ce texte, il se pose la question des tyrannies: comment s’installent-elles? Comment peuvent-elles subsister?

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La Boétie – Discours de la servitude volontaire (1574) – Monarchie et tyrannie

Étienne de La Boétie est un contemporain et ami de Montaigne. S’il était monarchiste, il était également favorable à un catholicisme réformé. Dans ce texte, il se pose la question des tyrannies: comment s’installent-elles? Comment peuvent-elles subsister?

Ce ne sont pas les bandes des gens à cheval, ce ne sont pas les compagnies des gens de pied, ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran. On ne le croira pas du premier coup, mais certes il est vrai : ce sont toujours quatre ou cinq qui maintiennent le tyran, quatre ou cinq qui tiennent tout le pays en servage. Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, et s’y sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ont été appelés par lui, pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et communs aux biens de ses pilleries. Ces six adressent si bien leur chef, qu’il faut, pour la société, qu’il soit méchant, non pas seulement par ses méchancetés, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille, qu’ils ont élevés en état, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou le maniement des deniers, afin qu’ils tiennent la main à leur avarice et cruauté et qu’ils l’exécutent quand il sera temps, et fassent tant de maux d’ailleurs qu’ils ne puissent durer que sous leur ombre, ni s’exempter que par leur moyen des lois et de la peine. Grande est la suite qui vient après cela, et qui voudra s’amuser à dévider ce filet, il verra que, non pas les six mille, mais les cent mille, mais les millions, par cette corde, se tiennent au tyran, s’aident d’icelle comme, en Homère Jupiter qui se vante, s’il tire la chaîne, d’emmener vers soi tous les dieux. De là venait la crue du Sénat sous Jules, l’établissement de nouveaux États, érection d’offices ; non pas certes à le bien prendre, réformation de la justice, mais nouveaux soutiens de la tyrannie. En somme que l’on en vient là, par les faveurs ou sous-faveurs, les gains ou regains qu’on a avec les tyrans, qu’il se trouve enfin quasi autant de gens auxquels la tyrannie semble être profitable, comme de ceux à qui la liberté serait agréable. Tout ainsi que les médecins disent qu’en notre corps s’il y a quelque chose de gâté, dès lors qu’en autre endroit il s’y bouge rien, il se vient aussitôt rendre vers cette partie véreuse : pareillement, dès lors qu’un roi s’est déclaré tyran, tout le mauvais, toute la lie du royaume, je ne dis pas un tas de larroneaux et essorillés, qui ne peuvent guère en une république faire mal ni bien, mais ceux qui sont tâchés d’une ardente ambition et d’une notable avarice, s’amassent autour de lui et le soutiennent pour avoir part au butin, et être, sous le grand tyran, tyranneaux eux-mêmes.

Baudelaire – Les Fleurs du mal (1857) – La Beauté

Ce poème est construit pour célébrer la Beauté, statue mystérieuse et sensuelle, tellement fascinante pour les poètes, ses amants. Mais que reflètent ses yeux, finalement?

 

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Baudelaire – Les Fleurs du mal (1857) – La Beauté

Ce poème est construit pour célébrer la Beauté, statue mystérieuse et sensuelle, tellement fascinante pour les poètes, ses amants. Mais que reflètent ses yeux, finalement?

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;
J’unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Montaigne – Les Essais (1588) – De la moralité de la conquête de l’Amérique

Lors de leur arrivée au Nouveau Monde, les Conquistadores entendent soumettre les indigènes, qu’ils considèrent comme leurs inférieurs. Néanmoins, ces derniers méritent sans doute plus de considération, comme le démontre ce texte.

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Montaigne – Les Essais (1588) – De la moralité de la conquête de l’Amérique

Lors de leur arrivée au Nouveau Monde, les Conquistadores entendent soumettre les indigènes, qu’ils considèrent comme leurs inférieurs. Néanmoins, ces derniers méritent sans doute plus de considération, comme le démontre ce texte.

Que n’est tombée sous Alexandre ou sous ces anciens Grecs et Romains une si noble conquête, et une si grande mutation et altération de tant d’empires et de peuples sous des mains qui eussent doucement poli et défriché ce qu’il y avait de sau­vage, et eussent conforté et promu les bonnes semences que nature y avait produites, mêlant non seulement à la culture des terres et ornement des villes les arts de deçà, en tant qu’elles y eussent été nécessaires, mais aussi mêlant les vertus grecques et romaines aux originelles du pays ! Quelle réparation eût-ce été, et quel amendement à toute cette machine, que les premiers exemples et déportements nôtres qui se sont présentés par-delà eussent appelé ces peuples à l’admiration et imitation de la vertu et eussent dressé entre eux et nous une fraternelle société et intelligence ! Combien il eût été aisé de faire son profit d’âmes si neuves, si affamées d’apprentissage, ayant pour la plupart de si beaux commencements naturels ! Au rebours, nous nous sommes servis de leur ignorance et inexpérience à les plier plus facilement vers la trahison, luxure, avarice et vers toute sorte d’inhumanité et de cruauté, à l’exemple et patron de nos mœurs. Qui mit jamais à tel prix le service de la mercadence et de la trafique ? Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions de peuples passés au fil de l’épée, et la plus riche et belle partie du monde bouleversée pour la négociation des perles et du poivre : mécaniques victoires. Jamais l’ambition, jamais les inimitiés publiques ne poussèrent les hommes les uns contre les autres à si horribles hostilités et calamités si misérables.
En côtoyant la mer à la quête de leurs mines, aucuns Espagnols prirent terre en une contrée fertile et plaisante, fort habitée, et firent à ce peuple leurs remontrances accoutumées : qu’ils étaient gens paisibles, venant de lointains voyages, envoyés de la part du roi de Castille, le plus grand prince de la terre habitable, auquel le pape, représentant Dieu en terre, avait donné la principauté de toutes les Indes ; que s’ils vou­laient lui être tributaires, ils seraient très bénignement traités ; leur demandaient des vivres pour leur nourriture, et de l’or pour le besoin de quelque médecine ; leur remon­traient au demeurant la créance d’un seul Dieu, et la vérité de notre religion, laquelle ils leur conseillaient d’accepter, y ajoutant quelques menaces. La réponse fut telle : que quant à être paisibles, ils n’en portaient pas la mine, s’ils l’étaient ; quant à leur roi, puisqu’il demandait, il devait être indigent et nécessiteux ; et celui qui lui avait fait cette distribution, homme aimant dissension, d’aller donner à un tiers chose qui n’était pas sienne, pour le mettre en débat contre les anciens possesseurs ; quant aux vivres, qu’ils leur en fourniraient ; d’or, ils en avaient peu, et que c’était chose qu’ils mettaient en nulle estime, d’autant qu’elle était inutile au service de leur vie, là où tout leur soin regardait seulement à la passer heureusement et plaisamment ; pourtant ce qu’ils en pourraient trouver, sauf ce qui était employé au service de leurs dieux, qu’ils le pris­sent hardiment ; quant à un seul Dieu, le discours leur en avait plu, mais qu’ils ne vou­laient changer leur religion, s’en étant si utilement servis si longtemps, et qu’ils n’avaient accoutumé prendre conseil que de leurs amis et connaissants; quant aux menaces, c’était signe de faute de jugement d’aller menaçant ceux desquels la nature et les moyens étaient inconnus ; ainsi qu’ils se dépêchassent promptement de vider leur terre, car ils n’étaient pas accoutumés de prendre en bonne part les honnêtetés et remontrances de gens armés et étrangers ; autrement, qu’on ferait d’eux comme de ces autres, leur montrant les têtes d’aucuns hommes justiciés autour de leur ville. Voilà un exemple de la balbucie de cette enfance.

Rabelais – Gargantua (1534) – Les Pèlerins

Grandgousier voit arriver en son royaume un groupe de pèlerins. Le pèlerinage est une activité courante au Moyen Âge, mais aussi très lucrative pour l’Église. Cela ne va pas sans déranger ce bon roi soucieux de ses sujets.

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Rabelais – Gargantua (1534) – Les Pèlerins

Grandgousier voit arriver en son royaume un groupe de pèlerins. Le pèlerinage est une activité courante au Moyen Âge, mais aussi très lucrative pour l’Église. Cela ne va pas sans déranger ce bon roi soucieux de ses sujets.

Cependant, Grandgousier interrogeait les pèlerins, de quel pays ils étaient, d’où ils venaient et où ils allaient. Lasdaller pour tous répondit :« Seigneur, je suis de Saint-Genou en Berry ; celui-ci est de Palluau ; celui-ci est d’Onzay ; celui-ci est d’Argy et celui-ci est de Villebernin. Nous venons de Saint-Sébastien près de Nantes, et nous en retournons par nos petites journées.
– Vraie, dit Grandgousier, mais qu’alliez-vous faire à Saint-Sébastien ?
– Nous allions, dit Lasdaller, lui offrir nos votes contre la peste.
– Oh ! dit Grandgousier, pauvres gens, estimez-vous que la peste vienne de saint Sébastien ?
– Oui, vraiment, répondit Lasdaller, nos prêcheurs nous l’affirment.
– Oh ! dit Grandgousier, les faux prophètes vous annoncent-ils de tels abus ? Blas­phèment-ils en cette façon les justes et les saints de Dieu, qu’ils les font semblables aux diables, qui ne font que mal entre les humains ? Comme Homère écrit que la peste fut mise en l’ost des Grégeois par Apollon, et comme les poètes feignent un grand tas de Vejovis et dieux malfaisants? Ainsi prêchait à Cinais un cafard, que saint Antoine mettait le feu ès jambes, et saint Eutrope faisait les hydropiques, et saint Gildas les fous, saint Genou les gouttes. Mais je le punis en tel exemple, quoiqu’il m’ap­pelât hérétique, que depuis ce temps cafard quiconque n’est osé entrer en mes terres.
Et m’ébahis si votre roi les laisse prêcher par son royaume tels scandales. Car plus sont à punir que ceux qui par art magique ou autre engin auraient mis la peste par le pays. La peste ne tue que le corps : mais ces prédications diaboliques infectionnent les âmes des pauvres et simples gens. »
[…]
Lors dit Grandgousier :
« Allez-vous-en, pauvres gens, au nom de Dieu le créateur, lequel vous soit en guide perpétuelle. Et dorénavant, ne soyez faciles à ces ocieux et inutiles voyages. Entre­tenez vos familles, travaillez chacun en sa vacation, instruisez vos enfants, et vivez comme vous enseigne le bon apôtre saint Paul. Ce faisant, vous aurez la garde de Dieu, des anges et des saints avec vous ; et n’y aura peste ni mal qui vous porte nuisance. »

La lettre du voyant (1871) – Se faire voyant

C’est sous le titre « Lettre du voyant » que l’on connaît cette lettre adressée par Arthur Rimbaud à son ami Paul Demeny. Rimbaud, qui n’a que 17 ans à l’époque, dresse un bilan de l’histoire poétique, qui pour lui est arrivée à une impasse. Il faut renoncer à la tradition issue de l’Antiquité et reprendre une exploration de l’âme propre au poète, quel qu’en soit le prix. Au terme de ce processus, le poète se fera voyant.

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Rimbaud – La Lettre du voyant (1871) – Se faire voyant

C’est sous le titre « Lettre du voyant » que l’on connaît cette lettre adressée par Arthur Rimbaud à son ami Paul Demeny. Rimbaud, qui n’a que 17 ans à l’époque, dresse un bilan de l’histoire poétique, qui pour lui est arrivée à une impasse. Il faut renoncer à la tradition issue de l’Antiquité et reprendre une exploration de l’âme propre au poète, quel qu’en soit le prix. Au terme de ce processus, le poète se fera voyant.

Si les vieux imbéciles  n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs ! […]

La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver; cela semble simple: en tout cerveau s’accomplit un développement naturel; tant d’égoïstes se proclament auteurs; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progrès intellectuel ! – Mais il s’agit de faire l’âme monstrueuse: à l’instar des comprachicos(1), quoi ! Imaginez un homme s’implantant et se cultivant des verrues sur le visage.

Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant.

Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences.
Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, – et le suprême Savant ! – Car il arrive à l’inconnu ! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innommables: viendront d’autres horribles travailleurs; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé !

1 Personnes qui achetaient des enfants en Amérique Latine. Ils leur infligeaient des déformations durant leur croissance (comme des bonzaïs) et les revendaient plus tard comme des monstruosités.